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Dans le cadre du projet d'aménagement de l'axe PAU-SARAGOSSE
par le tunnel du Somport et la vallée d'Aspe, la
Direction Départementale de l'Equipement des Pyrénées
Atlantiques a chargé le CEMAGREF, en juillet 1991,
de l'étude:
· de l'impact sur les grands mammifères pyrénéens
du réaménagement de la RN 134 entre Pont Suzon
et le futur tunnel du SOMPORT,
· Des possibilités de définition et
de mise en oeuvre d'éventuelles mesures compensatoires.
Le suivi de cette étude est assuré par un
comité de pilotage comprenant le Directeur Départemental
de l'Equipement, le Directeur Départemental de l'Agriculture
et de la Forêt. Le Directeur Régional de l'Environnement,
le Directeur du Parc National des Pyrénées
Occidentales. Le Chef du Service Départemental de
l'Office National des Forêts, le Directeur de l'Office
National de la Chasse, le Directeur de la Protection de
la Nature. Le comité de pilotage s'est réuni
à deux reprises, sous la présidence de Monsieur
le Préfet des Pyrénées Atlantiques,
le 18 novembre 1991 et le 3 juin 1992.
Le présent rapport fait le point, au 30 juin 1992,
de l'état d'avancement de l'étude. Le rapport
final sera remis à la mi-octobre.
Impact probable du réaménagement de la RN
134
L'analyse bibliographique et la comparaison avec d'autres
situations sur notre territoire laissent à penser
que l'impact à attendre est lié à l'augmentation
du trafic, notamment nocturne. Deux effets sont attendus:
- augmentation des risques de collision,
- Modification de la répartition des populations
dans la vallée d'Aspe.
Cas du chevreuil: impact faible, augmentation prévisible
des collisions;
Cas de l'isard: impact faible voire favorable au niveau
du Col du Somport du fait d'une diminution de trafic liée
à la mise en service du tunnel. Plus en aval, au
niveau des Forges d'Abel et du Pont d'Esquit et augmentation
prévisible des risques de collisions.
Cas du sanglier: en aval des Forges d'Abel, I'augmentation
du trafic risque de contrarier les déplacements entre
versants d'où modification de la répartition
des populations en haute vallée, et augmentation
probable des risques de collision.
13 - Définition des zones sensibles vis-à-vis
des ongulés: mesures compensatoires
Certains secteurs sont à aménager prioritairement
sous réserve de la confrontation des informations
déjà en notre possession avec l'exploitation
des données recueillies ce printemps.
IMPACT SUR LES POPULATIONS D'OURS
BRUNS
21 - Aire de présence de l'ours brun dans les Pyrénées
françaises
L'ours brun est présent sur le versant Nord des Pyrénées,
particulièrement en Haut Béarn et Haut Comminges.
Son aire de distribution comprend un "domaine d'errance"
vaste et peu connu et deux noyaux de présence régulière
complètement séparés. Le "noyau"
des Pyrénées centrales ne comprendrait plus
qu'un individu.
Le noyau centré sur les vallées d'Aspe et
d'Ossau comprend une dizaine d'individus. Le dernier territoire
français où survit une population d'ours est
donc centrée sur le site où s'inscrit le projet
d'élargissement de la RN 134.
L'Office national de la Chasse, depuis 1985, au travers
du "réseau ours", suit l'utilisation de
l'espace occupé par l'ours brun. La présence
de l'ours brun est décelée par les nombreux
signes d'activité que laisse l'animal. Les méthodes
utilisées sont exclusivement basées sur la
recherche et l'interprétation des signes de présence
et d'activité des animaux: empreintes, laissées
( = excréments), dégâts aux troupeaux,
etc. ; ces méthodes vont du recueil et synthèse
de témoignages au parcours périodique d'itinéraires-échantillons
et à la recherche simultanée de pistes d'ours
(transects).
Au cours de ces dernières années, l'ours s'est
manifesté dans le département des Pyrénées
Atlantiques sur une vaste région d'environ 80 000
ha couvrant les vallées d'Ossau, d'Aspe, de Barètous
et de Haute Soule. Les effectifs estimés seraient
de 2 à 4 individus dans le secteur Barètous-Aspe
et de 4 à 6 dans le secteur Aspe-Ossau. A peine plus
de la moitié de l'aire de répartition de l'ours
dans le département (48 000 ha) s'est avérée
régulièrement fréquentée par
l'espèce.
Impact probable du réaménagement de la RN
134
231 - Généralités
Une analyse exhaustive de la bibliographie internationale
a été effectuée sur les différents
aspects relatifs à l'impact d'une infrastructure
routière sur une population d'ours brun (mortalité
directe par collision, disparition de secteurs écologiquement
favorables autour de la route, coupure des domaines vitaux
individuels, fragmentation de la population, ...) Les principaux
points ressortant de cette analyse sont:
- - la fréquentation des abords des routes par l'ours
et la fréquence de traversée de ces voies
diminuent quant le trafic augmente, avec un gradient dépendant
du degré de méfiance de l'ours vis-à-vis
de l'homme,
- - L'utilisation des bords de routes et la traversée
de celles-ci sont favorisées s'il existe un couvert
végétal dense de part et d'autre de la voie.
232 - Devenir de la population ursine
a) Isolement de sous populations
Il résulte de ce qui précède que le
réaménagement de la RN 134 et l'augmentation
du trafic en résultant devraient à terme entraîner
la scission définitive de la population relictuelle
des Pyrénées Atlantiques en deux sous populations
distinctes.
Cet isolement de sous populations d'ours de part et d'autre
de la RN 134 risque de se traduire par une réduction
significative de la diversité génétique.
Les estimations des effectifs de chacune des sous populations
sont très faibles actuellement, rendant hautement
probable la consanguinité directe entre les individus.
Cette consanguinité, à l'origine de l'homozygotie,
augmente la mortalité et réduit la fécondité.
La conjugaison d'effectifs particulièrement réduits
et d'une consanguinité hautement probable ne peut
qu'aboutir, à moyen terme, à l'extinction
de chacune des sous populations.
b) Cloisonnement de l'espace
Le fractionnement de la zone de présence de l'ours
en deux unités géographiques distinctes, sans
possibilité de communication ou avec des possibilités
par trop restreintes, et de surface insuffisante, rend à
lui seul hautement improbable le maintien et a fortiori
le développement d'une population viable.
c) Mortalité directe par collision
Bien qu'aucune traversée récente de la RN
134 n'ait pu être démontrée, les risques
de mortalité directe sont réels. Or la perte
accidentelle d'un individu, notamment adulte reproducteur,
peut être considérée comme fatale pour
l'avenir de la population en son état actuel.
d) Disparition de secteurs écologiquement favorables
L'aménagement de l'itinéraire Pont d'Escot-Forges
d'Abel comprend sur un certain nombre de sites la création
d'une voie supplémentaire dès que la pente
dépasse 4 %. D'autre part, il est prévu un
contournement des agglomérations de Cette-Eygun,
Etsaut, Urdos. Les extensions d'emprise correspondantes
risquent d'entraîner la destruction de tout ou partie
de certains secteurs écologiquement très importants
pour l'ours (nourriture, sites de repos, ...).
Le réaménagement de la RN 134 en Haute vallée
d'Aspe est susceptible d'avoir des conséquences irrémédiables
sur la seule population relictuelle d'ours de notre territoire.
Les risques encourus sont d'abord et surtout liés
à la fragmentation de la population puis à
un moindre degré liés à la disparition
de secteurs favorables et à une mortalité
par collision.
Il s'avère nécessaire de prévoir des
possibilités de franchissement réellement
efficaces sous peine de disparition définitive de
la population et de l'impossibilité de sa restauration
ultérieure.
24 - Réflexions sur la définition de mesures
compensatoires
Dans la mesure où cette étude doit s'inscrire
dans une politique de conservation de l'ours (cf. statut
juridique de l'espèce, directive interministérielle
du 22 septembre 1988, ayant pour objet la restauration des
populations), qui sous entend le maintien à long
terme d'une population viable, la route doit être
aménagée de façon à:
- - permettre les rencontres entre individus situés
de part et d'autre de la vallée,
- - éviter les accidents affectant des individus
en transit,
- - Préserver la qualité d'accueil de certaines
zones situées en bord de route ou à sa proximité
immédiate.
CONCLUSION PROVISOIRE [2]
Le réaménagement envisagé de la RN
134 en Haute Vallée d'Aspe, de Sarrance au lieu dit
les Forges d'Abel (tête du futur tunnel du Somport)
ne peut manquer d'induire quelques perturbations sur les
populations d'ongulés (chevreuil, isard, sanglier).
Mais l'impact le plus préjudiciable concerne la seule
population relictuelle d'ours de notre territoire. Cette
population, déjà très fragilisée
en raison de son sous-effectif et de son fractionnement
déjà existant, verrait, en l'absence de mesures
compensatoires, ses chances de survie largement réduites.
Aussi des aménagements tendant à maintenir
une libre circulation des animaux entre les deux versants
de la Vallée d'Aspe doivent être envisagés.
En l'absence constatée de toute information sur des
aménagements spécifiques à l'ours,
il convient de privilégier des réalisations
aussi "naturelles" que possible: sur le tronçon
considéré (30 km), le passage souterrain ou
enterré de la RN 134 devrait être envisagé
sur environ 4,5 km répartis en 6 secteurs.
Les contraintes liées à la nature du terrain,
au devenir de la voie ferrée Pau-Canfranc, et à
l'impact sur le paysage, doivent être prises en considération.
Nogent-sur-Vernisson, le 26 juin 1992
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